La fête de la nuit de Yaldâ

Chaque année, les Iraniens célèbrent la dernière nuit d’automne qui est la nuit la plus longue de l’année. Cette célébration, d’après le calendrier solaire iranien (jalâli), a lieu la nuit du 30 âzar (21 décembre ou 20 décembre dans une année bissextile) et s’intitule Yaldâ (mot d’origine syriaque signifiant « naissance »). Il s’agit en fait de la naissance de Mithra, Dieu-soleil du mithraïsme. Le culte ancien de Mithra, apparu sur le plateau iranien il y a plus de trois mille ans, prit de l’ampleur vers le 2e siècle av. J.-C. sous les Parthes (248 av. J.-C. – 224 apr. J.-C.). Au siècle suivant, il arriva à Rome via l’Anatolie où il prit un aspect mystérieux. Cette religion, interdite aux femmes, plaisait aux militaires romains car elle accordait une importance particulière à la hiérarchie. Le culte de Mithra, propagé partout en Europe[1], laissa ses empreintes sur le christianisme, son rival jusqu’en 391, date à laquelle il devint interdit à Rome sur ordre de l’empereur Théodose (379-394). Pour ne pas persécuter les adeptes du mithraïsme et, au contraire, les encourager à devenir chrétiens, l’Eglise tenta de trouver des rapprochements dont la fête de Noël qui n’existait pas jusqu’au 4ème siècle. Selon certains étymologistes, les origines du mot Noël en français (Natale en italien, Natal au portugais et Navidad en espagnol) pourraient venir du latin natalis dies, qui signifie « jour de naissance ». Mais, d’autres prétendent que les origines de Noël sont gauloises. Selon eux, le terme « Noël » aurait pour étymologie deux mots gaulois noio (nouveau) et hel (soleil)[2].

Pourquoi un décalage de trois jours entre la fête de Yaldâ et celle de Noël ? Cela vient du fait que le calendrier solaire a été fixé artificiellement aussi bien en Europe qu’en Iran. Il s’agit du nombre des jours dans un mois qui est fixé de façon arbitraire car dans un calendrier solaire sans fixation arbitraire (calendrier solaire tropical) nous avons parfois des mois de 32 jours dans une année. Cela n’arrive pas de manière régulière. C’est pour éviter cette irrégularité qu’en 1582, en Europe, le pape Grégoire XIII opta pour une fixation arbitraire, ce qui lui donna son nom de calendrier grégorien. Quant au calendrier solaire iranien (jalâli), établi au XIe siècle, sa fixation artificielle remonte à 1925 date à laquelle ce calendrier est devenu officiel en Iran. Il est aussi actuellement en usage en Afghanistan.

Pour célébrer la fête de Yaldâ, les Iraniens se réunissent autour d’un dîner en famille, traditionnellement, chez les grands-parents et veillent jusqu’à tard dans la nuit. Ils mangent des fruits secs comme des figues, des raisins, des pistaches, etc. et des fruits frais dont le centre est rouge notamment grenades et même des pastèques, car le rouge est une des couleurs du feu, symbole du soleil. Les parents racontent des anecdotes, des histoires et des contes et surtout lisent des poèmes de Hafez, poète iranien du 14e siècle, dont l’œuvre est traduite dans la plupart des langues vivantes. Le message transmis par ces poèmes est considéré comme un présage (fâl) auquel les Iraniens accordent beaucoup d’importance.

Quant au sapin, lié avec la fête de Noël mais absent dans le rituel de Yaldâ, nous voyons cet arbre dans les bas-reliefs de Persépolis, capitale de l’Empire Perse des Achéménides (550-330 av. J.-C.). D’après ces bas-reliefs, les représentants politiques venant des quatre coins de l’Empire se rendaient à Persépolis pour offrir au Roi des rois leurs cadeaux diplomatiques à l’occasion du nouvel an (Nowrouz) à l’équinoxe du printemps. Devant chaque groupe de ces représentants se trouve un sapin. Que peut-il être le rapport entre cet arbre et la remise des offrandes ? Question étrange qui reste à élucider.

Pour terminer, les empreintes du mithraïsme dans le christianisme ne se limitent pas à la fête de Noël, les exemples sont plus nombreux, mais l’espace accordé à cette notice ne permet pas de les aborder.

 

Joyeux Yaldâ et Joyeux Noël !

 

Nader Nasiri-Moghaddam

Directeur du Département d’études persanes

 

[1] Le mithraïsme était aussi pratiqué dans notre région d’Alsace : lors de la construction de l’église Saint-Paul en 1911, un mithraeum (temple de Mithra) a été mis au jour à Koenigshoffen.

[2] Vous trouverez plus d'informations ici