Le jubilé de Sébastien Brant mort le 10 mai 1521

En 2021, notre université fête ses 400 ans. Cet anniversaire coïncide avec un autre jubilé, les 500 ans de la mort de Sébastien Brant, auteur de la Nef des fous. Cette satire illustrée de magnifiques gravures constitue une révolution dans l’histoire du livre. Pour la première fois, l’iconographie dépasse la fonction décorative, tend à l’emporter sur le texte qui l’accompagne. On lisait certes la Nef, mais on regardait avant tout les fous. Le poète dénonce les travers de son temps et embarque tout le monde sur sa nef sans gouvernail : les aristocrates, les érudits, les dragueurs, les bigotes, les explorateurs, et lui-même. Parmi les fous, on décèle de nombreux autoportraits. Brant est le premier poète à se mettre lui-même en scène à la fois en texte et en image. Le succès fut fulgurant. Parue à Bâle le 11 février 1494, un mardi gras, la Nef connut un plagiat à Strasbourg dès sa sortie. L’éditeur strasbourgeois copia le texte et l’arrangea à sa guise, mais fit également fabriquer plus de 100 nouvelles gravures en un temps record. Bientôt, la folie se propagea dans toute l’Europe, parfois dans des éditions revues par l’auteur, souvent dans des versions pirates. Dès 1497, la Nef atteignit les rives de la Baltique en bas-allemand et les rives de la Seine en français après avoir été d’abord traduite en latin. Des versions néerlandaises et anglaises ne tardèrent pas à suivre.

Le poète de ce succès international est né à Strasbourg. Ses parents tenaient une auberge au 14 rue d’Or où une plaque fut dévoilée en 2019 en amont du jubilé. Faute d’université dans sa ville natale, le jeune Sébastien fit ses études à Bâle, y obtint le doctorat, devint professeur et fonda une famille. En 1501, il retourna à Strasbourg pour se mettre au service de la ville comme premier secrétaire et juriste et s’installa au 18 quai Saint-Nicolas où une autre plaque le commémore. Après sa mort le 10 mai 1521, Strasbourg offrit une épitaphe en remerciement de ses bons et loyaux services. Cette pierre de près de 200 kg était exposée à la Bibliothèque Municipale en 1870 lorsque celle-ci fut bombardée. Dans les décombres, on retrouva comme par miracle la vielle épitaphe à peine endommagée. Elle fut alors transférée à l’église Saint-Thomas. Grâce à un co-financement des trois universités de Strasbourg, de Bâle et de Fribourg, ainsi de la Ville de Strasbourg, une restauration a pu être entreprise. Une cérémonie de dévoilement sera organisée dès que la situation le permettra. En ce moment, de nombreuses villes célèbrent le jubilé Brant, en particulier Bâle et Strasbourg par des conférences en ligne. Grâce à une subvention de la fondation Thyssen, l’année Brant s’achèvera par l’organisation d’un colloque international les 4 et 5 octobre à Strasbourg.

 

Conférences de Strasbourg

Georges Bischoff : « A table avec Sébastien Brant » (10/02) 

Carole Werner : « Flagrant délit de rimes impures – Brant suspect principal ! » (25/03) 

Peter Andersen : « La famille Brant – une grande dynastie strasbourgeoise » (07/04) 

Frédéric Barbier : « Des bons et des mauvais usages : Sébastien Brant, les fous et les livres » (10/05) 

 

Conférences de Bâle

Du 03/03 au 26/05 en allemand, accès libre et gratuit avec préinscription