Département d'études hongroises

Présentation du Département d'études hongroises

Le Département d’études hongroises propose des cours de langue et de civilisation hongroises qui peuvent s’inscrire dans les cadres :

 

  • d’un Diplôme d’université (DU) d’études hongroises,
  • de la licence Langues & Interculturalité – Parcours Ensemble Europe centrale (langue C : hongrois),
  • d’une option (UE de langue ou d’ouverture) de votre filière principale. En option, les cours sont ouverts à tous les étudiants de l’Université de Strasbourg.

 La « culture » ou « civilisation » hongroises est un mélange savoureux d’histoire, de littérature, de musique, de film, de théâtre, d’art et de sport, de modes de vie et des traditions etc. Et bien sûr, une langue… Une langue unique en un sens qui „ne ressemble à aucune des langues européennes[JI1] ” mais qui est faite, comme le français, „pour aller loin, faite aller profond[JI2] ”.

 

Le hongrois : une langue qui ne ressemble à aucune des langues européennes

„Le hongrois utilise l’alphabet latin du fait que le premier roi de Hongrie, le roi Saint Étienne (955–1037) a demandé au pontife romain d’être couronné roi et qu’il a ainsi rallié la Hongrie à la chrétienté romaine qui utilisait des caractères latins. Malgré son alphabet, cette langue ne ressemble à aucune des langues européennes.”

 „La plupart des langues parlées en Europe appartiennent à la famille indo-européenne. Ainsi, les langues russe, espagnole, grecque, norvégienne, anglaise ou albanaise ont un certaine degré de parenté les unes avec les autres, mais pas avec le hongrois! La langue hongroise vient de la région de l’Oural qui se situe à la frontière de l’Europe et de l’Asie. La famille des langues ouraliennes a deux branches principales: les langues samoïèdes et les langues finno-ougriennes. Le hongrois qui appartient aux langues finno-ougriennes est proche du finnois, de l’estonien, du lappon et de quelques langues parlées en Russie.”

 „Les Magyars se séparent des autres tribus proches vers l’an 1000 avant J-C. De la région de l’Oural, ils migrèrent ensuite vers le sud pour s’installer près de la mer Caspienne. C’est là qu’ils s’allièrent à des tribus cavaliers des anciens Turcs. Durant les migrations, ils n’abandonnèrent pas leur langue d’origine finno-ougrienne (appelée „l’ancien hongrois” à partir de cette époque).”

 „Poursuivant leur migration, les Magyars passèrent vers l’Ouest en traversant, au Ve siècle après J-C., le territoire de l’Ukraine actuelle. A cette époque, ils ignoraient d’où venait leur langue puisque cela faisait 1500 ans qu’ils avaient quitté leur pays d’origine. Leur armement, leurs objets d’art (orfèvrerie) et leurs sépultures étaient devenus similiaires à ceux des Turcs. Ils utilisèrent des prénoms d’origine turque (par exemple Árpád ou Gyula parmi les prénoms d’homme et Emese et Sarolt parmi les prénoms de femme). Enfin, ils traversèrent les Carpates et occupèrent en 896 un territoire dans le bassin des Carpates qui est celui de la Hongrie depuis lors.

Les Magyars pensèrent qu’ils étaient Turcs et avaient également des liens de parenté avec les Huns, ce puissant peuple mongol de guerre et leur redoutable roi Attila (406–453 après J-C.). C’est ainsi que leur histoire est relatée par les chroniques médiévales et c’est ce qui était enseigné à l’école pendant des siècles jusqu’au moment où, au début du XIXe siècle, la science a remis en question cette parenté en apportant des preuves de la parenté finno-ougrienne. Cependant, le mythe romantico-nationaliste de la parenté (voire de la fraternité!) entre Huns et Hongrois a longtemps survécu si bien que le prénom Attila figure toujours parmi les prénoms les plus prisés pour les hommes hongrois!

Quand les scientifiques ont démontré au XIXe siècle que le hongrois était une langue ouralienne et que ses langues proches vivaient au Nord de l’Europe, la communauté hongroise était déçue: on s’attendait à quelque chose de plus glorieux. Au lieu des armées victorieuse d’Attila, il n’y aurait que des trappeurs samoïèdes et des pêcheurs finlandais?

            C’est pourtant bien vrai. Cela fait trois mille ans que le hongrois s’est séparé des langues ouraliennes avec lesquels il avait formé une seule communauté linguistique dans le temps. En trois mille ans, toutes les langues se transforment, ce qui explique bien pourquoi il n’est plus possible pour un Hongrois de comprendre un Finlandais ou un Estonien. C’est la même chose pour le français et le hindou, l’anglais et le persan qui sont pourtant des langues proches, séparées de la communauté d’origine il y a trois mille ans.”

 

Extraits de l’ouvrage d’Ádám Nádasdy intitulé .hu (Budapest, Institut Balassi, s. d., s. p.)

  

Hongrois et français :

„deux langues faites pour aller loin, faites pour aller profond”

„Le hongrois (vu par un enfant) : une langue qu’il ne comprend pas et qu’il voit chantée.”

„Le hongrois était une langue qui ne résonnait en aucune autre ; je l’entendais comme un reste de l’Atlantide ; un grand morceau de terre disparue…”

„En entendant sans comprendre, en « creusant l’oreille », je finis par apprivoiser peu à peu la singularité absolue de ce hapax linguistique en Europe et perçus dans la langue hongroise une sorte de sonorité mystérieuse avec le français ; je repérais les sons semblables : le règne du E ouvert partout présent dans le hongrois où il est comme une basse continue, un bourdon toujours présent, et sa présence harmonique, enfouie tout au fond du français ; je découvrais dans l’une et l’autre la surprenante richesse de l’éventail sonore – la même ouverture toute grande de la palette des phonèmes. Mais j’étais surtout frappé – dans l’une et l’autre langue, surtout dans le hongrois – par la platitude, le calme puissant des phrases, la portée du souffle, l’étendue des sons, le lac des voyelles, la longueur de la phrase se prolongeant jusqu’à une sorte de point d’orgue de la pensée. Hongrois et français s’étendent, s’épandent, se déversent : deux langues faites pour aller loin, faites pour aller profond – non par les soubresauts de l’accent tonique et l’agitation continue, mais par l’amplitude rythmique et l’embrassement respiratoire.

Malgré leur étrangeté radicale – leurs origines aux antipodes – il y avait entre elles un accord profond : un cours parallèle et un mouvement en miroir ; j’entendais hongrois et français s’étendre toujours, agir d’un long phrasé, couler de même. Deux langues embrassant large, prenant l’espace, amples – non agités de vagues rythmique – puissantes et fortes, non troublées de mouvements de surface, non mouvementées par ces petites vagues que ne cessent de faire l’italien, l’allemand, l’espagnol, l’anglais, etc. ; je comparais la Loire au Danube – je trouvais au français aussi un magistral rythme danubien.

Le hongrois était non seulement la soeur obscure du français mais son autrui : une même langue dans sa variation incompréhensible – son retour à l’envers. La même langue contenant dedans son corps étranger, portant en elle l’ombre intime. Inverse du français, l’autre langue s’offrait devant moi dans l’enfance sans que je la connaisse.”

 

Valère Novarina : Une langue inconnue, Genève, Editions Zoé, 2012, pp. 7-10.