« Penser entre amis, vivre entre parents. Le concept, une histoire d’affects : approche anthropologique »

Le 9 octobre 2019
De 17h30 à 19h00
09 octobre 2019

Salomé DEBOOS est enseignant chercheur en anthropologie sociale et culturelle et ethnologie à l’Institut d’Ethnologie de l’Université de Strasbourg et membre du Laboratoire Sociétés Acteurs et Gouvernements en Europe – CNRS (UMR 7363).

Ses recherches portent sur la compréhension des dynamiques propres à l’évolution de l’identité communautaire des habitants de la vallée de Zanskar (L’Himalaya indien) s’inscrivant dans une perspective anthropologique où la démarche scientifique est basée sur l’étude fine de terrain en langue vernaculaire et la mise en perspective des résultats avec l’histoire et l’actualité de l’ensemble de la région. Elle est l’auteur notamment de l’ouvrage paru en 2010, Être musulman au Zanskar, Himalaya indien, Éditions Universitaires Européennes, Saarbrücken, ainsi que de nombreux études et articles.

 

Résumé de la conférence

Le monde s’exprime par catégories et classements, depuis l’infiniment grand au microcosme, chacun échange ses compréhensions dans une langue, celle qui permettra à l’interlocuteur d’adhérer ou au moins de partager cette représentation du monde.

La langue est donc la première expression de la créativité humaine et c’est au nom de cette recherche que linguistes et anthropologues se sont intéressés au geste corrélatif qui se formalise dans l’écriture. Le chercheur sur son terrain, pour entendre l’épaisseur des mots que son interlocuteur lui adresse dans une langue étrangère à la sienne (au chercheur) se doit de séjourner longuement afin d’entrer dans la langue de l’autre.

Ainsi, être anthropologue ou ethnologue, c’est voir et comprendre le monde au travers du regard de ses interlocuteurs sur son terrain de recherche. Être chercheur en anthropologie ou ethnologie, c’est pouvoir vivre et ressentir l’épaisseur de ce vécu du monde tel que les locuteurs du terrain de recherche l’expriment, et dans le même temps, le chercheur doit être en capacité de transmettre cette perception à ses collègues afin de pouvoir enrichir la communauté scientifique d’une nouvelle vision et compréhension de ce monde que nous expérimentons au quotidien.

Au travers d’exemples empruntés à mon terrain de recherche, dans l’Himalaya indien, en langue zanskari, dialecte tibétain, je propose de montrer en quoi le vécu dans et de la langue de ses interlocuteurs, est un passage nécessaire pour le chercheur en anthropologie ou en linguistique, d’une part, et d’autre part, dans quelle mesure le temps est un allié nécessaire au chercheur pour analyser les affects véhiculés dans le choix des mots et/ou concepts utilisés par les locuteurs sur le terrain.

 

Salle Guy Ourisson, Institut Le Bel